c’est ça la justice ?

Hier soir, ma copine cendrette m’a sauté dessus pour me dire qu’elle ne se coucherai pas tant qu’elle ne saurait pas ce qui allait arriver à Troy Davis. Sur le coup, j’ai pas vraiment tilté : j’étais en pleine inspiration écrivaniste, du coup, savoir quel jour on est et me rappeler ce qu’il se passe dans le monde, c’est compliqué. Ma question m’a même choquée après avoir réalisé : ‘c’est dans quelle série qu’on trouve ce Troy Davis?’ Et puis, le nom a fait ’tilt dans ma tête…’ Honte sur moi.

La série en question, ce n’est que le macabre dénouement de 20 ans d’histoire, de corruption et autres maladresses judiciaires.

A 1h du matin, heure française, Troy Davis devait être exécuté par injection létale, pour un crime qu’il a, durant ces 20 ans, toujours clamé ne jamais avoir commis.

J’ai donc lancé twitter, où un certain Maitre_Eolas nous live tweetait tout ce qu’il se passait, et lancé le fil ‘#toydavis’ dans mon tweetdeck, et rejoint le live de Democracy Now pour suivre en direct les évènements. Par superstition, j’ai allumé une bougie. Chez moi, la bougie symbolise l’espoir, j’en allume toujours une quand j’ai besoin d’espoir.

Revenons sur l’affaire Troy Davis, qui présentait quand même pas mal de trous, de zones de flou.
Nuit du 19 octobre 1989 (j’avais 2 ans à peine…): Un policier s’interpose dans une bagarre entre trois hommes et un SDF. Il se prend une balle et décède. Les trois hommes sont alors recherchés, particulièrement Troy qui se rend quelques jours plus tard.

En 1991, Troy est condamné à mort, malgré le manque de preuves, malgré l’absence de l’arme du crime, malgré l’absence d’empreintes.

Aujourd’hui, 7 des 9 témoins se sont rétractés. Ils disent avoir subit des pressions de la police, qui les a forcés à dire ce qu’ils voulaient entendre. Les deux témoins restant sont les deux autres principaux suspects.

A 19h, en ce 21 septembre, heure américaine, l’injection a été repoussée, réveillant l’espoir dans le coeur des partisans de l’abolition de la peine de mort, et tous ceux qui clamaient l’innocence de Troy et un procès baclé. 4heures plus tard, cet espoir retombait, annihilé par le conseil de la cours suprême de Géorgie. Troy s’est éteint à 23h08, heure américaine.

Aujourd’hui, je prends la plume pour vous conter ma rage de voir que la loi du Talion fait encore et toujours des ravages dans le monde.
Je suis contre la peine de mort, quel que soit le crime. D’abord, parce qu’elle n’est pas dissuasive. Si quelqu’un est suffisamment taré pour tuer son voisin, ce n’est pas la menace de mourir qui va l’arrêter. Ce n’est pas non plus la menace de la prison, bien qu’être enfermé à vie jusqu’à ce que votre conscience se réveille et se mette à vous torturer me semble être un plan correct. Assassiner froidement, de manière calculée un homme, c’est maL

->De part cette décision, les USA se voilent la face. C’est comme s’ils nous disaient que leur système de justice ne pouvait pas être corrompu de nos jours, comme si recevoir des pressions de la part des policiers c’était pas possible. Comme si personne n’avait jamais mentit sous serment. C’est pas comme si la moitié des films policiers américains parlaient de corruption, de pots de vins et autres racailleries du même genre. Mais, c’est de la fiction, la fiction ne peut pas avoir un fond de vérité. Non, non, jamais.

Troy était un symbole, l’un de ceux dont on a le plus entendu parler. Mais, il ne faut pas oublier tous les autres, tous ceux qui au nom de la soit disant justice d’un pays qui se veut comme exemple mondial, sont froidement assassinés, leurs recours refusés les uns après les autres.

Dans un mois, 90% d’entre nous ne se souviendront même plus de qui est Troy Davis. Ils seront passés à autre chose, ça ne sera qu’un nom vaguement familier, comme un personnage de série télévisée. Pour sa famille, il sera un trou au coeur, et un deuil à porter. Aujourd’hui j’utilise sa mort en exemple, un exemple tragique, qui doit nous aider à sortir de cette justice malsaine. Tuer au nom de la justice, c’est rendre les débordements possibles illimités.

Dans cette histoire, celui qui a été le plus bel exemple de fierté humaine, c’est Troy Davis, qui même dans ses derniers mots clamait son innocence auprès de ceux qui l’ont condamnés : « Ce qui est arrivé cette nuit n’est pas de ma faute. Je n’avais pas d’arme », a-t-il répété une dernière fois. « Tout ce que je demande, c’est qu’on se penche à nouveau sur cette affaire pour qu’on découvre enfin la vérité. A ceux qui s’apprêtent à m’ôter la vie, que Dieu vous bénisse ».

RIP Troy Davis.
RIP la ‘justice’.

  1. J’ai vu ça ce matin en arrivant au taf (gros popup qui s’affichait en arrivant sur Rue89)… ça m’a totalement choqué aussi.

    Rip rip.

    (Sympa ton blog. Et le champignon à côté du nombre de commentaires aussi, juste là.)