lettre ouverte au professeur Dukan

Monsieur,

Je vais essayer de rester polie dans cet article que je doute que vous lisiez un jour de toute façon. Mais, la cordialité est de mise lorsqu’on s’adresse à quelqu’un, et je vais exprimer mon opinion ici. Ami lecteur, que tu sois d’accord ou pas avec ce que j’ai à dire, je dois avouer que je m’en moque un peu. Je parle ici de mon expérience personnelle et c’est assez douloureux comme ça de revenir sur certain sujets pour laisser la porte ouverte à la critique vaine et mesquine (qui, de toute façon ne sera pas publiée s’il y a le moindre mot insultant dedans, comme d’habitude).

Reprenons.

Monsieur, je suis tombée sur un article du nouvel observateur qui parlait de ‘mettre en place un module permettant aux adolescents passant leur BAC d’obtenir des points bonus s’ils restaient proche de leur poids idéal’. Ha. Bon. Très bien.

Démontons donc, avec tout le respect que je dois à mes aînés, cette idée.

Premièrement, Monsieur, permettez moi de vous rappeler que l’adolescence est un moment difficile pour tous. Vous êtes sans doute trop vieux pour vous en rappeler, et de toute façon considérez que ça a bien changé depuis la lointaine époque préhistorique à laquelle vous aviez quinze ans.

Moi, l’époque où j’avais quinze ans, elle est pas si loin dans mon dos. Quand j’entrais au lycée, je me trouvais trop grosse. C’est vrai quoi, 59 kilos pour 1m70 c’est énorme. (enfin, non mais dans ma conception de l’époque ça l’était.) Face à moi, j’avais toutes ces filles au corps parfait qui se privaient à longueur de temps pour le rester, qui faisaient en sorte que tout le monde voit à quel point leur ventre était plat, leurs jambes fines et interminables. Et moi, pauvre de moi, j’avais des formes. J’avais des hanches larges, de la poitrine, beaucoup de poitrine. Des cuisses bien marquées. Et, du coup moi… Et bien quand je voyais le corps longiligne de mes camarades, je complexais.

Pourtant, je n’avais rien à complexer. J’étais belle, mais incapable de le voir car… Voyez vous, la télévision, les magasines, toutes ces ‘normes’ de la beauté qui nous ont envahies depuis peut être 15 ans… Et bien, je ne rentrais pas dedans. Je n’étais donc ni dans les normes ni dans les canons de beauté actuels.

Vous savez ce que j’ai fait, cher docteur ?

J’ai arrêté de manger. Je suis devenue anorexique, j’ai passé deux ans à manger le minimum, à dire que je n’avais plus faim à table, à faire croire à ma mère que je mangeais le soir alors qu’en fait j’ouvrais juste le frigo, je remuais deux ou trois trucs dedans et puis je le refermais. C’était facile, personne n’a rien vu.

Et puis, j’ai fais mon premier malaise. Et puis mon docteur m’a obligée à me regarder dans la glace. Sans lui, je ne serais sans doute plus là. Tout ça pour quoi ? Avec le recul, je considère tout ça comme des conneries.

Mais, ce n’est que la première partie de mon histoire. La seconde prend place deux ans et demi plus tard, lorsqu’on m’a mise sous corticoïdes. Des 59 kilos que j’avais réussi à retrouver, je suis passée en deux mois a 89.

‘pouf’

J’ai rien pu faire. Depuis, je me bats pour retrouver ce corps d’avant, et rien ne marche. Certainement pas VOTRE régime, monsieur Dukan. Car, j’ai cédé. J’ai acheté le livre de recette et je l’ai suivit. La première semaine a été spectaculaire, vraiment. 7 kilos en moins. La deuxième a stabilisé le tout. Quand à la troisième… Je suis tombée dans les pommes et ait fini aux urgences avec un fil dans le bras. Et, voyez vous, monsieur, lorsque je leur ai dit que je suivais votre régime, ils m’ont rit au nez.

‘Il n’y a pas pire pour dérégler son corps et finir par tomber dans les pommes à cause du manque d’énergie’, m’a-t-on dit.
Pourquoi ? , leur ais-je demandé
‘Parce que l’énergie est surtout fournie par les glucides, et qu’en ne mangeant que des protéines vous n’en avez pas. Sur certaines personnes qui ont peu de réserves comme vous, c’est le meilleur moyen de finir au cimetière’.

Je cite au mot près les paroles ces urgentistes, car je les avais recopiées ce jour là.

J’en arrive donc au début de mon raisonnement :

Pourquoi, quelqu’un qui a des idées aussi dangereuses que les vôtres -et peu importe votre notoriété, vous êtes dangereux – ose-t-il remettre en question le poids des autres ? Ne vous a-t-on pas appris à l’école de médecine que les adolescent sont des petites bêtes aux idées parfois dangereuses, et que votre quête d’erradiquer les gros ne risque-t-elle pas de conduire à des dérives ? Il suffit de voir ce qu’il m’est arrivé… Et, pourtant personne ne m’a jamais fait de commentaire négatif sur mon corps… Je suis devenue anorexique juste pour ressembler aux gens que je voyais à la télévision.

Je crois néanmoins que vous avez séché nombre de cours, car voyez vous, il y a une notion que vous n’avez pas prise en compte : le calcul de l’IMC est impossible sur les adolescent. Il est plus que fortement recommandé de ne commencer qu’à partir de 18 à 20 ans lorsque la croissance est totalement terminée, et ce de manière sure. (dixit un ami, actuellement en train d’étudier ces cours de nutrition en faculté de médecine)

Je n’ose penser à ce qui pourrait arriver si d’aventure le gouvernement écoutait votre opinion. Rentrez chez vous, Monsieur Dukan, avec votre horde de fidèles. Entretenez donc la secte nutritive que vous avez créée. Mais, laissez donc les autres en paix, avec leurs formes et leurs kilos superflus ! Personne ne vous a rien demandé.

A bon entendeur

sources :
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120103.OBS7974/la-proposition-etrange-du-dr-dukan.html
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/228147-option-dukan-au-bac-quand-la-discrimination-s-empare-de-la-nutrition.html

  1. Je ne peux qu’agreer à ton opinion que je partage.
    Les canons de beauté actuelles sont réelement dangereux pour la majorité des gens.