Parfois, je ne comprends pas les gens.

Aujourd’hui, on m’a encore dit que j’étais spéciale. Que j’avais un truc en plus. Qu’on m’admirait. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Quelque chose qui refuse de rentrer dans ma petite tête. ça fait quelques mois déjà qu’on me dit ça, et bien plus qu’on le pense si j’ai bien compris.

A priori, tout ça a commencé sur IRC, il y a presque dix ans. A l’époque, je squattais le réseau social et téléchargeais des animés qui ne sortiront certainement jamais en france pour les regarder le soir avant d’aller me coucher, et accessoirement, je bossais mon bac. J’ai commencé à coder des petits scripts marrants pour créer un bar sur IRC. Puis j’ai appris à tenir un petit jeu, le RPG mollusque (bon pas toute seule celui là. Y’avait mon Tichou avec moi), et enfin à bidouiller photoshop. C’était des passions. Des envies. Je m’amusais et je faisais plaisir aux gens aussi. C’était marrant. Des délires les uns après les autres.

Et puis, j’ai arrêté. Pratiquement du jour au lendemain, et je ne suis revenue qu’il y a deux ans. Là, j’ai découvert que les gens se souvenaient encore de mon pseudo. qu’ils me demandaient si j’étais la « vraie » louha. Celle d’avant. ça m’a surprise, mais je m’y suis habituée. Et puis, il y a quelques mois, j’ai eu une amie au téléphone. Une amie rencontrée à cette époque. Elle m’a dit qu’en fait, tout le monde m’admirait. Qu’ils n’avaient jamais compris comment je faisais pour tout mener de front et que j’étais devenue une vraie célébrité, en quelque sorte.

ça m’a fait rire. Vraiment.

Et puis, il y a eu d’autres choses. D’autres personnes qui m’ont dit que j’avais un talent fou pour inventer des trucs, et que c’était encore en dessous de la réalité. Que j’étais réellement douée. Qu’ils m’admiraient. Décidément, c’est la période…

Mais, je ne suis pas une célébrité. Certes, j’écris et je bidouille mais… Je n’ai rien de si spécial. Je connais des gens avec un bien meilleur style et de bien meilleures idées que les miennes. Tout est perfectible. J’ai besoin de beaucoup travailler, encore, pour que ce soit potable. Il y a des erreurs dans mon style. Certes, j’ai beaucoup d’idées mais… Ca ne fait pas tout. Loin de là même.

Je ne suis que moi. Une humaine. Normale. Quand je vais aux WC le matin, ça sent la même chose que dans vos WC à vous. En IRL, j’ai même l’impression d’être une demoiselle tout ce qu’il y a de plus banal et de plus ennuyeux. Je passe ma vie dans d’autres mondes, à rêver et à imaginer que je ne suis pas là, coincée dans ma vie d’équipière à Macdo, à m’isoler des gens parce qu’ils passent leur temps à parler les uns sur les autres, parce qu’ils ont des passions qui sont tellement éloignées des miennes que mon esprit n’arrive pas à les comprendre. Non, vraiment… Je ne suis pas si spéciale que ça. Je ne vois vraiment pas pourquoi les gens vont se mettre à penser ça de moi.

Mais, quand je leur demande d’arrêter, ils se moquent gentiment de moi. Ils refusent. Parce qu’ils me disent que je ne vois pas ce que je suis. Mais, s’il y a quelqu’un qui doit bien savoir, c’est moi, non ?